L'Objet du Mois

L'objet du mois de mars 2021 - l'enclume

Pierre Cattelain, Conservateur de l'Écomusée du Viroin

Enclume de maréchal-ferrant, inv. 01514. Don Albert Malter (1910-1994), agriculteur, forgeron et maréchal ferrant à Nismes, XXe siècle (voir enquêtes nos 40, 56, 68, 94, 95, 165, 167, 195 et 345 de l'Écomusée du Viroin ; voir aussi les Chroniques de l'Écomusée nos 4, 1989 - 13, 1992 - 22-23, 1994).

Une enclume est une masse de fer aciéré présentant différentes formes, sur laquelle on forge et martèle le métal, à chaud ou à froid. L’enclume 01514 (fig. 1), pesant plusieurs dizaines de kilos, est placée sur un billot de bois (la chabotte) qui la porte à hauteur de travail et assure l’élasticité nécessaire à la frappe sur le métal. La partie supérieure plate de l'enclume, cémentée, c'est-à-dire durcie par induction de carbone à haute température, est appelée table.

Une des extrémités est conique et ronde, c'est la bigorne, l’autre est carrée, c'est le cul. La bigorne permet de façonner des objets arrondis, comme le fer à cheval. 

La table présente une ouverture carrée, l’œil, afin de permettre à un poinçon ou burin quelconque de ressortir après avoir percé de part en part une pièce métallique comme un fer à cheval sans heurter la table de l'enclume (fig. 2). Cet œil peut aussi recevoir le tenon de divers outils tels qu'un tranchet, un cône, une étampe, une contre-étampe, une cloutière, un griffon ou un dégorgeoir.

Le tranchet d'enclume (fig. 3) sert à trancher le métal par l'action d'une partie active en forme de coin, dont le fil entaille la pièce à couper, qui est "poussée" par le marteau jusqu'à ce qu'elle soit séparée en deux morceaux.

Le cône d'enclume (fig. 4) est une sorte de réplique miniature et verticale de la bigorne ronde de l'enclume. La partie supérieure est constituée d'un cône de hauteur et de diamètre variables, qui permet de réaliser le cintrage d'une volute à chaud, l'enroulement et le calibrage d'un anneau ou amorcer une courbure, voire d'agrandir le diamètre d'un trou percé précédemment.

L'étampe d'enclume (fig. 5 et 6) permet au forgeron d'amorcer le début d'enroulement d'une volute, près de la forge, de la pointe ou du noyau de celle-ci, d'une façon tout aussi efficace qu'avec l'utilisation de l’arête de la table de l'enclume.

 

La cloutière d'enclume (fig. 7) sert à maintenir la tige du clou sans la déformer pendant que la tête est formée. Le tas est donc creux en son milieu pour permettre le passage de la tige.

 

Le griffon d'enclume (fig. 8) est un outil polyvalent, car il peut passer aisément du trou carré de l'enclume aux mâchoires d'un étau de forge. Sa partie supérieure est constituée de deux tiges parallèles qui peuvent être forgées dans la masse ou, plus souvent, soudées à l'arc sur un rectangle d'acier faisant office de support de la queue de l'outil, mais également de butée contre la table de l'enclume. Il sert à réaliser, tout comme le cône d'enclume, des cintrages de profilés pour obtenir des enroulements, à permettre au forgeron de réaliser les volutes complexes, ou plus simplement à des opérations comme détordre à chaud un ressort... Pour l'utiliser, il suffit de chauffer sélectivement la section de métal à cintrer, et de la placer entre les deux tiges avant de lui imprimer un mouvement de torsion dont le résultat est l'apparition progressive d'une courbure sur la pièce. Une griffe de ferronnerie permet d'aider et compléter son action.

Le dégorgeoir d'enclume (fig. 9) est un outil de forme similaire au tranchet d'enclume, qui présente donc une partie supérieure en forme de coin, mais dont le tranchant est volontairement arrondi pour entamer le métal chauffé dans la forge sans le trancher. Il est employé pour les opérations de dégorgeage, qui consiste à créer une gorge au sein du métal.

L'enclume est un outil très ancien, d'essence divine : c'est une des accessoires d'Héphaïstos et de Vulcain, dieux forgerons de la Grèce et de Rome. Une très belle représentation d'enclume est représentée en bas-relief sur un monument funéraire d'Aquilée, dans la Vénétie-Frioul, dans le nord-est de l'Italie (fig. 10). Plus tard, au Moyen Âge, les représentations sont fréquentes (fig. 11). Enclumes et outils de forge sont également bien représentés dans l'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, dans la seconde moitié du XVIIIe siècle (fig. 12).

Cette enclume est présentée dans le nouvel espace "forge" de l'Écomusée du Viroin, réalisé par Fabian Galante et Dominic Thomas (fig. 13).

Légende des figures

Fig. 1. Enclume n°01514 de l'Écomusée du Viroin. Don Albert Malter. Photo Pierre Cattelain © Écomusée du Viroin.

Fig. 2. Enclume n°01514 de l'Écomusée du Viroin (détail). Don Albert Malter. Photo Pierre Cattelain © Écomusée du Viroin.

Fig. 3. Tranchet d'enclume. Photo © Angele Shop.

Fig. 4. Cône d'enclume. Photo © Angele Shop.

Fig. 5. Étampe d'enclume. Photo © http://histoiresdoutilsartisanaux.fr/outil.php?outil=Etampe_d_enclume

Fig. 6. Utilisation d'une étampe d'enclume. Illustration http://www.klingenthal.fr/

Fig. 7. Cloutière d'enclume. Photo © http://tournevase.free.fr/forge/index.html

Fig. 8. Griffon d'enclume. Photo © Angele Shop.

Fig. 9. Dégorgeoir d'enclume. Photo © Angele Shop.

Fig. 10. Stèle funéraire d’un forgeron. Aquilée (Italie), Museo Nazionale. Photo Pierre Cattelain © Écomusée du Viroin.

Fig. 11. Forge de taillandier avec les deux soufflets et le travail de deux forgerons martelant à tour de rôle un lingot de fer sur une enclume. Traité sur les signes du Zodiaque, milieu du XIVe siècle, Pays-Bas méridionaux. Photo © Londres, British Library.

Fig. 12. Maréchal ferrant. Travail de la forge et outils. Encyclopédie de Diderot et d'Alembert, 1751–1772.

Fig. 13. Forge de l'Écomusée. Montage Fabian Galante et Dominic Thomas. Photo Pierre Cattelain © Écomusée du Viroin.

L’objet du mois de février 2021 – le poêle

Après le déclin de la sidérurgie au charbon de bois, la région couvinoise a connu pendant la seconde moitié du XIXe siècle une deuxième période de prospérité économique avec les fonderies de fer de seconde fusion et la fabrication d’appareils de chauffage. La création des Fonderies Saint-Joseph, fondées en 1888, a rapidement été suivie par celle de La Couvinoise en 1891, puis par les Fonderies de l’Eau Noire en 1907, et par les Fonderies du Lion, à Frasnes, en 1920. Toutes ces usines ont surtout fabriqué des poêles pour le chauffage domestique.

Ces poêleries produisaient également les éléments en fonte utilisés par les serruriers-poêliers installés dans les villages. Ces artisans fabriquaient sur commande des poêles pour la clientèle locale. 

Ces cuisinières étaient traditionnellement construites en tôles pliées et assemblées, souvent recouvertes de plaque en céramique décorée : les majoliques. Le foyer, ainsi que la plaque supérieure et quelques autres éléments, était en fonte.

L’objet du mois de janvier 2021 – le pelwé (le peloir) à écorcer

le chêne

À la montée de la sève au printemps, on allait "peler" les chênes destinés à l'abattage pour retirer l'écorce, le tan, qui était livré à la tannerie de Dourbes qui l'utilisait pour tanner le cuir. 

Pour commencer, on enlevait l'écorce depuis le pied jusqu'à 1,70 m, puisqu'on faisait des bottes. Avec le courbet à la hauteur, on enlevait la première écorce, on donnait des coups de courbet tout le tour de la perche pour faire le tour. Ensuite on utilisait un peloir, il y a une griffe au peloir; on griffait depuis la marque qu'on avait fait jusqu'au pied, et puis avec l'autre partie du peloir, on écorçait, on ouvrait les lèvres et on détachait la première écorce.  

L’objet du mois de décembre 2020 – la planeuse

(la façonneuse) 

La façonneuse comprend deux axes horizontaux et parallèles tournant lentement à la même vitesse. Le modèle et les quartiers sont fixés avec des axes de serrage. Le modèle se place à droite. À l’aide de pouliers, la lame du dessus tourne très rapidement, entamant les blocs du talon vers la pointe. Les sabots gauche et droit sont façonnés dans une même opération. 

La façonneuse Baudin de l’Écomusée du Viroin, datée de + ou – 1925, est toujours fonctionnelle et provient de la saboterie de Maurice Delabie à Hennuyères (Braine-le-Comte, Hainaut, Belgique). Vous pouvez la découvrir en marche tous les derniers dimanches du mois (hors événement), lors d’une démonstration de fabrication de sabots.

La prochaine date à retenir c’est le 27 décembre 2020, à 16h. 

Réservez votre place ici : https://bit.ly/3oMl1xU

L'objet du mois Novembre 2020 -

La fabrication du beurre

- L’Écrémage

Traditionnellement, pour l’écrémage du lait, on laissait se reposer dans un endroit frais pendant plusieurs dizaines d’heures dans des cuvettes en terre vernissée appelées telles. Les particules de matière grasse plus légères (densité comprise entre 0,94 et 0,95) montrent progressivement à la surface. En fin d’opération, elles forment une couche d’opaque et jaunâtre, la crème. Un bec verseur facilitait le versage du lait écrémé, ou petit lait, qui se trouvait au fond du récipient.

L'objet du mois Octobre 2020 - La fourche à betteraves

On se sert de fourches à deux fortes dents montées sur un petit manche terminé par une poignée transversale. D’une main, l’ouvrier pique sa fourche en terre verticalement contre une betterave, puis il abaisse le manche vers la terre pour soulever la betterave prise entre les dents, il saisit les feuilles de l’autre main, pour aider au déterrage. 

La betterave sortie est secouée énergiquement pour être débarrassée perpendiculairement à la ligne, de manière à être placée le plus régulièrement possible dans un alignement. Un aide muni d’un couteau passe ensuite en sectionnant les betteraves au-dessous du collet, opération appelée décolletage. Un second aise rassemble ces betteraves en tas pour faciliter leur chargement ultérieur.

L'objet du mois Septembre 2020 - La faux armée 

La faux armée également appelée faux à javellier, à doigts, à pleyon, à râtelier, ou faux montée. À la fin du XVIIIe siècle, pour faciliter la dépose au sol des gerbes d’herbes ou des javelles de céréales, les agriculteurs ont l’idée de fixer sur le manche une armature légère de bois et/ou de fil de fer, plus ou moins réglable. Si les tiges sont hautes (seigle et blé), on fauche en dedans : les céréales sont à gauche, pointe vers elles. Les tiges sont tranchées de droite à gauche, en appuyant les chaumes coupés contre ceux qui ne le sont pas. L’ouvrier doit être accompagné d’une faucilleuse, qui ramasse les tiges pour en faire des javelles. Pour faucher en dehors, le moissonneur laisse à sa droite les céréales encore debout et à chaque coup de faux, dépose sur le sol sa récolte. Il n’a alors pas besoin de faucilleuse.